16 juin 2026

La Grande Paix de Montréal de 1701 : le traité qui a sauvé la Nouvelle-France

-France et les Premières Nations / Source : Wikipédia
Ratification de la paix conclue entre les Français, leurs alliés et les Iroquois. Signature de chefs iroquois, outaouais, hurons, abénaquis, algonquins, sauteux, etc, sous forme de dessins représentant l'animal totémique de leur tribu. Ce document est connu sous le nom de Traité de la grande paix de Montréal, le 4 août 1701.

Le contexte : 100 ans de guerres d’usure

À la fin du 17e siècle, la Nouvelle-France est à bout de souffle. Depuis les années 1600, la colonie est prise dans les Guerres franco-iroquoises. La Confédération iroquoise des Cinq-Nations — Agniers, Onneiouts, Onontagués, Goyogouins et Tsonnontouans — mène des raids dévastateurs. Massacre de Lachine en 1689 : 24 colons tués, 80 capturés. La colonie ne compte que 15 000 habitants vs 250 000 dans les colonies anglaises. 

Pendant ce temps, les alliés autochtones de la France — Hurons-Wendat, Algonquins, Outaouais, Miamis, Illinois, Abénaquis, etc. — sont aussi épuisés. Les épidémies, la guerre et le commerce des fourrures ont vidé les villages. Tout le monde veut la paix, mais personne ne fait confiance à personne.

L’architecte de la paix : Louis-Hector de Callière

Le gouverneur Callière comprend une chose : pas de paix durable sans réunir tout le monde au même endroit. Dès 1700, il envoie des émissaires et des colliers de wampum à plus de 39 nations. Pari risqué. Si ça échoue, Montréal devient un champ de bataille. 

Le 21 juillet 1701, ça commence. Plus de 1300 délégués autochtones arrivent à Montréal. La ville de 1200 habitants double de population. Pendant 2 semaines : festins, échanges de cadeaux, longs discours selon les protocoles autochtones, et négociations marathon.

La signature du 4 août 1701

Le 4 août, dans une grande plaine hors des murs de Montréal, le traité est signé. 39 nations apposent leur marque — dessins d’animaux totems — au bas du document. Les clauses clés :

   1. Fin des hostilités : Tous cessent la guerre entre eux. 

   2. Neutralité iroquoise : Les Cinq-Nations promettent de rester neutres si la France et l’Angleterre se font la guerre. 

   3. Arbitrage français : Les nations s’engagent à régler leurs futurs conflits via le gouverneur, pas par les armes. 

   4. Prisonniers rendus : Échange de tous les captifs. 

Kondiaronk, le grand chef huron-wendat et orateur légendaire, est le cerveau autochtone du traité. Il meurt la nuit du 2 au 3 août, juste avant la signature, d’une fièvre. On l’enterre avec les honneurs militaires français.

Les familles de Montréal impliquées : les Dagenais et les miliciens

La paix n’a pas tenu juste par des signatures. Elle a tenu parce que les habitants l’ont vécue. Les familles de Montréal ont hébergé, nourri et protégé les 1300 délégués pendant 2 semaines. 

Les familles Dagenais font partie de ces pionniers de la région de Montréal à cette époque. Pierre Dagenais, ancêtre de plusieurs lignées, est arrivé en Nouvelle-France vers 1650 comme habitant et tailleur. En 1701, ses fils et petits-fils sont établis à Lachine, Pointe-aux-Trembles et Montréal. Comme toutes les familles canadiennes, ils ont vécu les raids iroquois. En août 1701, les Dagenais de Montréal sont ses enfants orphelins, âgés de 3 à 11 ans. Donc aucun Dagenais adulte milicien à la Grande Paix.

D’autres familles présentes : les Hébert, Cuillerier, Le Moyne, Boucher, Gervais. Tous des noms de la première Montréal.

Les alliés de la France : qui a signé ?

Le traité unit la Nouvelle-France à un énorme réseau d’alliés. Ceux qui signent côté « français » :

  • Nations des Grands Lacs : Outaouais, Ojibwés/Sauteux, Poutéouatamis, Miamis, Renards, Mascoutens, Sakis, Puants.
  • Nations du Saint-Laurent : Hurons-Wendat de Lorette, Algonquins, Népissingues, Témiscamingues. 
  • Nations de l’Est : Abénaquis, Malécites. 
  • Nations de l’Illinois : Kaskaskias, Cahokias, Peorias. 

En face, les 5 Nations iroquoises signent aussi. C’est la force du traité : il réconcilie des ennemis de 100 ans.

Les conséquences : 60 ans de paix relative

La Grande Paix tient. Les Iroquois restent neutres pendant la guerre de Succession d’Espagne 1701-1713. Ça permet à la Nouvelle-France, minuscule, de survivre face aux colonies anglaises 15x plus peuplées. Le commerce des fourrures explose. Les coureurs des bois circulent librement. 

La paix durera jusqu’à la guerre de Sept Ans en 1754. Sans le 4 août 1701, la Conquête aurait probablement eu lieu 50 ans plus tôt.

Pourquoi on n’en parle pas plus ? Parce que c’est une victoire diplomatique, pas militaire. Pas de bataille sanglante à raconter. Pourtant, c’est peut-être l’acte politique le plus important de l’histoire de la Nouvelle-France.

Sources principales consultées :

   1. Grande paix de Montréal - Wikipédia 

   2. Great Peace of Montreal 1701 - Wikipedia EN pour recoupement 

   3. Régiment de Carignan-Salières - Wikipédia, arrivée 1665 

   4. Carignan's Regiment - FrancoGene, base généalogique sur les soldats de Carignan   

Note importante sur les Dagenais : Il n’existe pas de liste nominative des "miliciens présents le 4 août 1701". Les rôles de milice détaillés pour 1701 ne sont pas tous conservés. Par contre, la présence des Dagenais à Montréal/Lachine à cette date est attestée par la généalogie : Pierre Dagenais et Marie Drouet ont des descendants nés à Montréal dès 1698. Leur rôle de miliciens découle de leur statut de censitaires-soldats du Carignan, obligatoire pour tous les hommes valides.  

📸 Source : Wikimedia Commons 

Aucun commentaire:

Publier un commentaire