Au 17e siècle, se marier n'avait presque rien à voir avec l'amour romantique. C'était une affaire de famille, de terre et de survie, encadrée par l'Église et le notaire bien plus que par les futurs époux.
Un contrat avant d'être une cérémonie
Le mariage est d'abord une alliance économique.
Le choix arrangé : Les parents négocient. On cherche une famille de même rang, une dot convenable, un métier utile. Le consentement des enfants est requis par l'Église, mais dans les faits, surtout pour les filles, le refus est très difficile.
L'âge : Légalement, 12 ans pour les filles, 14 pour les garçons après le Concile de Trente. En pratique en France, on se marie plus tard, vers 22 à 26 ans pour les hommes, 18 à 23 ans pour les femmes, quand on a de quoi s'établir. Dans les villes, on se marie plus tard qu'à la campagne.
Le contrat notarié : C'est l'acte le plus important, plus que la messe. Devant notaire, on fixe la dot apportée par la mariée, le douaire qui la protégera si elle devient veuve, et qui hérite de quoi. Sans contrat, pas de mariage respectable.
Les étapes religieuses obligatoires
Depuis 1563, l'Église catholique impose des règles strictes pour lutter contre les mariages clandestins.
Les fiançailles : Une promesse publique, souvent avec échange d'une bague ou de pièces, et une poignée de main devant témoins. Rompre des fiançailles est un scandale qui peut finir devant la justice ecclésiastique.
Les bans : Le prêtre doit publier l'annonce du futur mariage pendant trois dimanches consécutifs à la messe. C'est pour permettre à quiconque connaît un empêchement, consanguinité, mariage déjà existant, de se manifester.
La cérémonie : Elle a lieu à l'église paroissiale, en journée, devant le curé et au moins deux témoins. Pas de décorum actuel. Les époux échangent leurs vœux, le marié remet à la mariée les treize pièces ou arrhes, symbole de sa charge de pourvoir au foyer, et l'anneau béni. La messe de mariage suit, souvent tôt le matin.
Si vous portez le nom Dagenais au Québec, toute la lignée remonte à un seul homme au 17e siècle, ce qui rend la recherche des alliés beaucoup plus simple qu'ailleurs.
L'ancêtre unique
Pierre Dagenais dit Lépine, parfois écrit Le Prince. Il est baptisé le dimanche 17 septembre 1634 dans la paroisse Saint-Sauveur de La Rochelle, en Charente-Maritime. Il est fils d'Arnaud Dagenais et d'Andrée Poulet.
Le patronyme lui-même est un toponyme, il désigne celui qui vient de l'Agenais, région d'Agen dans le Sud-Ouest de la France. Tailleur d'habits de formation, il arrive en Nouvelle-France vers 1650 comme engagé et s'établit comme habitant à Ville-Marie.
Il est le seul Dagenais à immigrer en Nouvelle-France au 17e siècle. Tous les Dagenais d'Amérique descendent de lui.
Son mariage, un cas d'école des traditions de 1665
Son union illustre parfaitement les traditions dont on parlait.
Le contrat et la cérémonie : Il épouse Anne Brandon le mardi 17 novembre 1665 à Montréal, à la chapelle de l'Hôtel-Dieu. L'officiant est Gabriel Souart, prêtre de Saint-Sulpice, avec comme témoins Pierre Jarry, Nicolas Hubert dit Lacroix maître-tailleur et caporal de la milice, et Gilbert Barbier ancien marguillier. C'est le schéma classique post Concile de Trente, bans, curé, témoins, acte notarié.
L'épouse : Anne Brandon, née vers 1641 à Saint-Laurennt de Sedan, fille de Daniel Brandon et de Jeanne Prols. Elle n'est pas une Fille du Roi, elle est déjà au pays.
L'établissement : Au recensement de 1667, Pierre, 33 ans, habite avec sa femme Anne et leur fils Michel, 15 mois. Le fils Michel est baptisé le 29 septembre 1666 à Rivière-des-Prairies.
Le couple est tué le même jour, le 9 août 1689 à Rivière-des-Prairies lors du massacre de Lachine par les Iroquois, et inhumé sur place.
Les premières familles alliées au 17e siècle
Pour la période 1665-1700, les alliés directs ne sont pas nombreux, ils forment votre noyau de recherche.
Côté France : Poulet par Andrée Poulet, sa mère.
Côté épouse : Brandon et Proligne, par Anne Brandon et sa mère Jeanne Proligne.
Génération 2, les enfants qui se marient : Son fils Pierre Dagenais né en 1672 épouse Marie Drouet fille de Mathurin Drouet dit Grandmaison et Marie Bardou, puis en secondes noces Marie Josèphe David. C'est par là qu'entrent les familles Drouet Grandmaison, David, Lemay et Gaudry dans les actes notariés. On les retrouve dans la descendance comme Pierre D'Agenay marié à Marie Josèphe David et Joseph-Michel D'Agenay marié à Anne Lemay.
Ce sont ces quatre noms, Brandon, Drouet, David, Lemay, qui reviennent le plus souvent comme premiers alliés Dagenais avant 1700.
Comment retracer vos alliés précis
1. Partez de Pierre dit Lépine et Anne Brandon comme couple souche dans le PRDH ou le Fichier Origine.
2. Cherchez le contrat de mariage du 17 novembre 1665 chez le notaire Basset. Il contient la dot, les présents des témoins Hubert et Barbier, et la liste des biens.
3. Consultez l'Association des familles Dagenais d'Amérique, qui a publié une monographie Pierre Dagenais dit Lépine, 1634-1689 et qui centralise les actes de l'Agenais et de La Rochelle.
4. Pour les alliés plus tardifs comme Roy, Brazeau ou Patenaude, ils apparaissent à partir du 18e et 19e siècle quand la famille s'étend vers Saint-Roch-de-l'Achigan, Terrebonne et Pointe-aux-Trembles. Il faut alors remonter branche par branche depuis votre grand-père, pas depuis Pierre.


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