08 juillet 2026

Traverser l'Atlantique au XVIIe siècle : une épreuve périlleuse

Au XVIIe siècle, la traversée de l'Atlantique Nord vers la Nouvelle-France ou les colonies américaines était une épreuve particulièrement longue, insalubre et périlleuse. Entreprendre ce voyage de plusieurs milliers de kilomètres sur des navires en bois représentait un saut dans l'inconnu redouté par la majorité des migrants, à l'image des Filles du Roy.

Les conditions de transport de cette époque coloniale se divisaient en plusieurs réalités majeures.
Une durée imprévisible rythmée par les vents
Le voyage de l'Europe vers l'Amérique du Nord durait généralement entre deux mois et deux mois et demi (60 à 90 jours). Cette lenteur s'explique par les vents dominants qui soufflent d'ouest en est, obligeant les navires à naviguer de face. À l'inverse, le voyage de retour vers l'Europe ne prenait qu'un mois environ grâce aux vents portants. Les calmes plats (absence totale de vent) ou les violentes tempêtes pouvaient considérablement rallonger ces délais, épuisant rapidement les réserves de nourriture.
La promiscuité et le manque de confort à bord
Les navires marchands de l'époque mesuraient rarement plus de 40 mètres de long et l'espace y était sévèrement rationné.
  • Les passagers ordinaires (artisans, engagés, soldats) s'entassaient dans l'entrepont, un espace bas de plafond, sombre et sans aération. Ils dormaient à même le sol, sur des paillasses ou dans des hamacs rudimentaires.
  • Les passagers de la haute société (nobles, hauts fonctionnaires) bénéficiaient de petites cabines privées et d'un confort supérieur, incluant parfois de vrais lits.
Une alimentation corrompue et rationnée
La conservation des aliments représentait le défi logistique majeur des armateurs :
  • Nourriture sèche : Le régime de base se composait de biscuits de mer (pain cuit plusieurs fois, dur comme de la pierre), de viande salée (porc ou bœuf), de poisson séché et de légumes secs (pois, fèves). Avec l'humidité, les biscuits finissaient souvent par moisir ou être infestés de charançons.
  • L'eau douce : Stockée dans des tonneaux en bois, l'eau croupissait rapidement sous l'effet de la chaleur, verdissait et se remplissait de vers. Le vin, la bière ou le cidre se conservaient un peu mieux et complétaient les rations. 
Une hygiène déplorable et des ravages sanitaires
L'absence totale d'hygiène moderne faisait des navires de véritables bouillons de culture. Les passagers ne pouvaient pas se laver à l'eau douce et les installations sanitaires se résumaient à des seaux ou des lattes de bois suspendues au-dessus du vide à l'avant du navire. L'humidité constante et le froid favorisaient la propagation rapide de maladies mortelles :
  • Le scorbut : Provoqué par la carence en vitamine C due à l'absence de produits frais.
  • Le typhus et la dysenterie : Surnommés la « peste de mer », ces infections transmises par les poux ou l'eau souillée décimaient les équipages.
On estime qu'environ 10 % des voyageurs mouraient en mer au cours du voyage. À leur arrivée à
Québec
ou dans d'autres ports coloniaux, les survivants étaient souvent dans un état de faiblesse extrême et devaient être placés en quarantaine ou soignés par les communautés religieuses locales avant de commencer leur nouvelle vie. 


Comment les femmes et les enfants vivaient cette épreuve
Au XVIIe siècle, les femmes et les enfants formaient les groupes les plus vulnérables lors des traversées transatlantiques vers la Nouvelle-France ou la Nouvelle-Angleterre. Soumises à un environnement exclusivement pensé par et pour des hommes (marins, soldats, marchands), les passagères devaient affronter des défis biologiques, sociaux et psychologiques d'une extrême violence.
L'intimité impossible et la ségrégation à bord
L'organisation spatiale des navires marchands du XVIIe siècle ne prévoyait aucune séparation pour préserver l'intimité des femmes, qu'elles soient célibataires (comme les Filles du Roy) ou mères de famille. 
  • La promiscuité de l'entrepont : Les femmes voyageant en classe économique partageaient le même espace sombre, bas de plafond et confiné que les hommes. Le manque total d'intimité rendait la gestion de l'hygiène menstruelle particulièrement difficile et humiliante. 
  • La menace du harcèlement : Le capitaine du navire devait souvent instaurer des règles strictes (couvre-feu, interdiction aux marins de descendre dans l'entrepont) pour protéger les passagères célibataires des agressions de l'équipage, composé d'hommes isolés en mer pendant des mois.
  • Le refuge des cabines : Seules les femmes de la haute société ou les religieuses (comme les Ursulines) voyageaient dans de petites cabines privées à l'arrière, s'isolant ainsi de la promiscuité du reste du navire
L'organisation spatiale des navires marchands du XVIIe siècle ne prévoyait aucune séparation pour préserver l'intimité des femmes, qu'elles soient célibataires (comme les Filles du Roy) ou mères de famille. 
  • La promiscuité de l'entrepont : Les femmes voyageant en classe économique partageaient le même espace sombre, bas de plafond et confiné que les hommes. Le manque total d'intimité rendait la gestion de l'hygiène menstruelle particulièrement difficile et humiliante.
  • La menace du harcèlement : Le capitaine du navire devait souvent instaurer des règles strictes (couvre-feu, interdiction aux marins de descendre dans l'entrepont) pour protéger les passagères célibataires des agressions de l'équipage, composé d'hommes isolés en mer pendant des mois.
  • Le refuge des cabines : Seules les femmes de la haute société ou les religieuses (comme les Ursulines) voyageaient dans de petites cabines privées à l'arrière, s'isolant ainsi de la promiscuité du reste du navire.
La maternité en haute mer : accoucher dans la tempête
La grossesse et l'accouchement représentaient le danger absolu durant le voyage. De nombreuses femmes montaient à bord enceintes, espérant arriver avant le terme, mais les retards causés par les vents changeaient souvent leurs plans.
  • Les fausses couches : Le mal de mer violent (appelé « peste de mer »), les chutes provoquées par le roulis du navire et la malnutrition entraînaient de nombreuses fausses couches dans l'entrepont, souvent suivies d'infections mortelles faute d'antiseptiques.
  • L'accouchement de fortune : Lorsqu'un enfant naissait à bord, l'accouchement se déroulait au milieu des autres passagers, parfois séparé par une simple toile suspendue. Les femmes s'entraidaient entre elles, car les chirurgiens de marine de l'époque, habitués à soigner les blessures de guerre et les amputations, ignoraient tout de l'obstétrique.
  • Le destin des nouveaux-nés : Si la mère survivait à la fièvre puerpérale, le nourrisson était immédiatement exposé à la déshydratation. Sans lait maternel suffisant à cause de la dénutrition de la mère, et sans eau potable, la quasi-totalité des bébés nés en mer mouraient en quelques jours et recevaient un enterrement marin.
La charge mentale et la survie des enfants
Pour les mères de famille, la traversée était un épuisement physique et psychologique de chaque instant. Elles devaient assurer leur propre survie tout en protégeant leur progéniture.
  • Le rationnement et le sacrifice : Les mères privaient souvent leur propre corps de nourriture ou d'eau pour donner leurs maigres rations de biscuits ou de bouillon de pois à leurs enfants affamés. Ce sacrifice augmentait leur vulnérabilité au scorbut et au typhus.
  • La surveillance constante : Sur un navire en bois oscillant violemment, les mères devaient attacher ou tenir constamment les plus jeunes pour éviter qu'ils ne se rompent le cou dans l'entrepont ou qu'ils ne passent par-dessus bord lors des rares sorties sur le pont supérieur.
  • La gestion du deuil : Face à un taux de mortalité infantile qui dépassait parfois 50 % à bord, les mères devaient surmonter la douleur immense de voir leur enfant mourir de maladie, puis regarder son corps être jeté à l'eau, sans possibilité de sépulture chrétienne en terre ferme.
Le rôle social des femmes à bord
Malgré la terreur et la maladie, les femmes jouaient un rôle central dans le maintien du moral et de l'ordre à bord. Elles organisaient la solidarité entre les familles, préparaient les repas collectifs lorsque le temps le permettait, et prenaient soin des malades et des mourants. Pour les communautés de religieuses, la traversée était rythmée par les prières et l'enseignement aux jeunes filles du voyage, transformant l'entrepont en un couvent improvisé au milieu de l'océan.
Sources : À venir

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