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02 juillet 2015

Histoire d'une lignée de Dagenais - 3e partie


Pierre Dagenais fils vient au monde le 21 octobre 1672, le quatrième enfant (et le seul garçon à assurer la transmission du patronyme) de Pierre Dagenais et d'Anne Brandon. 

Le sulpicien Gilles Pérot lui confère illico le sacrement du baptême à la chapelle Notre-Dame, assisté dans cette noble tâche par le parrain Pierre Devanchy (maîre menuisier) et la marraine Mathurine Juillet, épouse d'Urbain Baudreau.

Chapelle Notre-Dame (Immaculée-Conception) de Montréal
Le 30 avril 1695, il officialise son union avec Marie Drouet dite Grandmaison, âgée d'à peine 14 ans, fille de Mathurin et Marie-Louise Bardou, mariés à Québec le 30 septembre 1669, et originaires de Tuzie, en Charente. 

La jeune épouse recevait le baptême le 21 avril 1681 dans le joli patelin de Contrecoeur, sur les bords du fleuve Saint-Laurent en présence du parrain Godefroy Bernard et de la marraine Marie Lebert, femme de Charles Robert.

Le curé L. Archambault, de la paroisse de l'Enfant-Jésus de la Pointe-aux-Trembles, accorde aux jeunes gens sa bénédiction nuptiale en présence de plusieurs témoins rassemblés pour la circonstance. Malheureusement, les jeunes époux ne signèrent pas, selon toute vraisemblance le contrat de mariage. 

Prolifiques comme beaucoup de nos ancêtres, ils donnèrent la vie à dix enfants, six garçons et quatre filles, baptisés sauf exceptions dans la paroisse Notre-Dame de Montréal. Certains lui attribuent erronément la paternité de Marie-Charlotte, baptisée le 19 ocrobre 1696, en fait la fille naturelle de sa soeur Cécile.

À l'âge de 16 ans, Pierre pleure la mort de son père dont il porte le prénom. Ce dernier se transmettait souvent au cours des générations, comme pour maintenir une continuité familiale, une tradition propre au Canada français. 

Dans la lignée directe des Dagenais, on trouve deux Pierre, deux Laurent et deux Augustin. Comme son père, Pierre Dagenais fils savait écrire. Il signait D'Agenez sur ses contrats notariés. Les cinq générations suivantes ne pourront en faire autant. 



D'après un contrat rédigé par le notaire Antoine Adhémar, le 16 février 1698, Pierre et ses soeurs (Cécile, Élisabeth et Françoise) finalisent la vente des biens de leurs parents Pierre Dagenais et Anne Brandon à Claude Crespin, époux de Marie Vaudry.



Voulant améliorer le confort de sa petite famille, Pierre Dagenais contracte deux obligations envers Pierre Perthuys, marchand de Ville-Marie, aujourd'hui Montréal. Le 18 mars 1698, alors habitant de l'île Jésus (probablement à Saint-François-de-Sales), il reconnaît une dette de 65 livres pour laquelle il hypothèque ses biens meubles et immeubles. 



Le 29 mars 1699, ce laboureur de la Pointe-aux-Trembles contracte une obligation portant solde de compte (c'est-à-dire des marchandises achetées à crédit) pour une somme de 148 livres.



Le 20 avril 1699, par un bail à ferme et loyer (contrat de location) consenti par Marie Dumeny, veuve de André Charly de Saint-Ange, en son vivant de Montréal, Pierre Dagenais loue une terre labourable proche de Ville-Marie, avec maison, étable et grange. 



Il paiera icelle veuve en produits de la ferme : 50 minots de blé froment et dix d'avoine, pour chacune des cinq années du contrat idoine, le jour de la Saint-Martin.



Homme très versatile, à l'instar de son père, Pierre Dagenais exerce plusieurs métiers : défricheur, cultivateur, capitaine de milice et engagé pour l'Ouest. Par une convention datée du 23 octobre 1701, il achète certaines provisions de Pierre Perthuys, marchand susrelaté. 



Comme les habitants de la Nouvelle-France manquaient souvent de numéraire (peu d'argent circulait dans la colonie), ledit marchand accepte, en guise de paiement, 20 minots de blé froment et 20 d'avoyne (sic).

Pierre Dagenais fils deviendra un des pionniers du territoire connu comme le Sault-au-Récollet. Le 15 septembre 1702, en l'étude du notaire Pierre Raimbault, Messire François Vachon de Belmont, supérieur du Séminaire Saint-Sulpice de Montréal, seigneur de l'île de Montréal depuis 1663, concède en effet à Pierre Dagenais une concession de la coste (côte) Saint-Michel (chemin est-ouest dans les parages de la rue Jarry).  

Mesurant 3 arpents sur 20, avec droit de commune (lieu où les habitants du voisinage pouvaient envoyer paître leurs troupeaux). La rente annuelle consiste en 30 minots de bled froment bon sec, net loyal et marchand.

Outre les obligations mentionnées plus loin, ledit censitaire s'engage à ne vendre ancunc boisson ennyvrante aux Sauvages (sic). Cette censive porte le numéro 1084D dans le Livre terrier de la seigneurie de l'île de Montréal, conservé aux archives du Séminaire Saint-Sulpice, dont l'édifice construit en 1685 se trouve aujourd'hui rue Notre-Dame, à côté de la basilique Notre-Dame.

À cette époque, les cultivateurs vivaient sous le régime seigneurial, un système de propriété à deux niveaux. Le seigneur s'oblige à peupler la seigneurie et à concéder un lopin de terre à qui le demande. Il profite de droits honorifiques (préséance de banc à l'église) mais surtout réels. 
Par le paiement du cens, le censitaire reconnaît au seigneur un certain droit de propriété éminente.  Il doit payer une rente annuelle (en argent ou en produits de la ferme) et les lods et ventes (taxe de mutation). La banalité de moulin oblige les censitaires à utiliser le moulin du seigneur pour moudre leur blé et à lui payer le quatorzième minot. 

Cédant aux pressions de la bourgeoisie commerçante anglaise et de la masse paysanne, le gouvernement abolira le régime seigneurial en 1854 pour le remplacer par la tenure en franc et commun socage, c'est-à-dire le droit de pleine propriété en vigueur de nos jours.

Le 7 octobre 1703, Pierre abandonne à François Hertel, écuyer (titre purement honorifique, comme esquire chez les Anglais) et seigneur de Chambly, absent mais représenté par le notaire royal Jean Cusson, une part de terre d'icelle seigneurie, probablement héritée de la famille de sa femme Marie Drouet. Mais déchiffrer l'écriture rébarbative du notaire Adhémar demande des notions de paléographie avancée !

L'année suivante, le 21 avril 1704, Étienne Campot, taillandier (forgeron fabriquant des outils tels haches et marteaux) et habitant (cultivateur) de Ville-Marie, concède à Pierre Dagenais, laboureur dudit lieu, un bail à ferme de terres situées au quartier Bonsecours, de nos jours près du port de Montréal.

Par une obligation portant la date du 21 octobre 1706, Pierre s'engage à livrer une certaine quantité de bois de chauffage à Jean-Baptiste Charly, marchand de Ville-Marie.

Le 4 avril 1713, François-Joseph Carpentras, maître menuisier de Montréal, loue pour une période de cinq ans une terre de la côte Saint-Michel, de 8 arpents de front sur 20 de profondeur, moyennant 10 minos de froment, payables chaque année. 

Le 1er octobre suivant, Pierre repart pour la région des Grands lacs, signant un contrat d'engagement envers Messieurs les Associés de la mer de l'Ouest, qui lui vaudra une rémunération de 200 livres, dès son retour de voyage.

Marguerite Maclin, veuve de Nicolas Boyer de Ville-Marie, assistée de son gendre Charles Gervais, demandera le 6 avril 1715 au notaire Michel Lepailleur de La Ferté, de rédiger les clauses d'un bail à loyer et ferme d'une terre située près de la petite rivière Saint-Pierre (disparue de nos jours). 

Pierre s'engage à cultiver icelle (cette) propriété, moyennant une partie des récoltes. Dans le minutier du notaire Marien Tailhandier dit La Baume, on découvre, à la date du 29 février 1720, une quittance de Catherine Roy (fille de Françoise Dagenais) à son oncle et tuteur Pierre Dagenais. Marie Drouet lui remet au nom de son mari des étoffe et de la toile blanche valant 36 livres.

Le 3 novembe 1720, Edmé Moreau, baille (loue) à Pierre Dagenais une concession de 3 arpents sur 20, à la Côte Saint-Michel. Il accepte en guise de paiement 10 minots de blé froment et 5 minos de pois. 

Le Séminaire Saint-Sulpice, toujours représenté par son supérieur, François Vachon de Belmont, concède, le 15 janvier 1721 devant le notaire Raimbault, un reste de terre situé à la côte de Plaisance (ou Grande Prairie), voisine de la côte Saint-Michel, en imposant les conditions habituelles : droit de mouture du grain, tenir feu et lieu (habiter l'endroit), entretenir sa part de chemin, payer un demy (sic) minot de froment pour tous les 20 arpents de superficie, réserver au seigneur le bois de charpente, défricher trois arpents par année sous peine de déchéance de la concession, etc.

En 1729, Pierre Dagenais reçoit le titre de capitaine de milice (une sorte d'armée de réserve) qui, à l'époque, ne se limite pas à das tâches plutôt honorifiques, comme au XIXe siècle.

Marie Drouet pousse son dernier soupir le 28 janvier 1736, à l'âge de 55 ans (et non 67 ans, tel qu'indiqué dans le registre du Sault-au-Récollet). Le curé Desenclaves l'inhume dès le lendemain au cimetière paroissial (certains disent dans le sous-sol de l'église), en présence de son mari, Pierre Dagenais, et de Jean Turcot qui, aux dires du célébrant, déclarent ne scavoir (sic) signer.

Pierre survivra treize ans au décès de son épouse. Le 19 décembre 1749, Monsieur Chambon, curé de sa paroisse d'adoption, préside les funérailles du défunt, âgé de 80 ans (en réalité, 77), ancien capitaine de milice, en présence de plusieurs témoins.
Lieu : Saint-Hyacinthe, QC, Canada

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